INCERTAIN

Incertain est un projet de l’artiste Enrique Ramirez, actuellement visible au centre Pompidou aux côtés de Kapwani Kiwanga, Alice Anderson, et Hicham Berrada, tous trois finalistes du 20e Prix Marcel Duchamp. Il s’agit de l’installation de plusieurs œuvres dans un espace plongé dans l’obscurité, le sol est recouvert d’une moquette sombre, cimaises et plafond sont peints en noir. Des faisceaux lumineux éclairent précisément les pièces et guident le regard. À droite Sail N12, une grand-voile est plaquée au mur à l’horizontale, composée de bandes de textiles polyester oranges, jaunes, rouges et blanches solidement assemblées au point zig-zag. La totalité de sa surface 3m50 sur 7m70 est quadrillée de rectangles vitrés en aluminium noir. Étrange mode de présentation pour une voile, ainsi emprisonnée, privée de vie et de souplesse. Son mouvement potentiel devient imaginaire. Attirée par le son, je me trouve aussitôt de l’autre côté d’une cimaise oblique divisant l’espace.

Une vidéo est projetée sur un grand écran, la grand-voile flotte sur l’eau agitée par les vagues. Les angles de la caméra varient, des plans larges vus du ciel montrent le triangle de tissus perdu à la dérive dans l’immensité de l’océan. Puis attirée au fond de l’eau, une lumière artificielle éclaire le textile en mouvement, se tortillant, s’emmêlant au gré des remous et défiant toute gravité. Le corps d’un homme apparaît, sa peau sombre se mêle aux couleurs vives de l’étoffe qu’il agite. Son visage apparaît à la surface, il reprend son souffle.

La scène se situe entre la chorégraphie et le combat, la lenteur des mouvements imposés par l’eau et leur répétition devient hypnotique. L’expérience est quasi immersive, la taille de l’écran est absorbante, une voix off espagnole, raconte des voyages, des destinées, des récits de migration sur un fond sonore. Enrique Ramirez nous plonge dans une douce mélancolie.

Cette capacité, à marier le son et l’image pour créer de l’émotion me rappelle le travail du cinéaste Terrence Malick. Dans ses films contemplatifs, les personnages semblent parfois perdus à l’écran, errant dans le paysage accompagnés d’une voix off. Le choix subtil de l’environnement naturel dans lequel évoluent les acteurs permet au réalisateur de raconter de manière sensible les émotions de ses personnages. La douleur du deuil avec les cimes d’arbres en mouvement qui se découpent sur le ciel, le regret avec des nuées d’étourneaux, la colère d’un enfant courant à travers un champ.

Dans l’homme sans visage, Enrique Ramirez créé ce même tout organique entre sons, voix et image. Il met en scène une relation fluide entre l’homme et son environnement. L’eau et la mer sont omniprésentes dans le travail de l’artiste, indéniablement lié à son pays natal, le Chili dont le littoral s’étend sur 4 270 km. A nouveau confinée, j’explore l’ensemble de son travail, il transmet à travers ses images, installations, vidéo et textes, cette envie d’horizon, de voyage, ce qu’on nomme en allemand, le Fernweh, le mal du lointain, douloureux et apaisant à la fois.

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