BOOM

Boom est une vidéo réalisée par l’artiste belge David Claerbout en 1996. L’œuvre fait partie des nouvelles acquisitions de la fondation Emanuel Hoffman, et trouve sa place dans un parcours de collection nommé Continuously Contemporary au Musée d’art contemporain de Bâle. Plongé dans le noir et le silence, les yeux se rivent sur l’écran. Un grand arbre est filmé en plan fixe, la quasi-totalité de l’image est recouverte d’un feuillage dense. Un sujet ordinaire, qui pourrait susciter l’indifférence. Mais le regard suit la lente chorégraphie des feuilles, animées par le vent. Comme une respiration régulière. Les nuages défilent doucement et se dissimulent derrière la large couronne. Des éclaircies soudaines illuminent l’image et émerveillent par la lumière chaude du soleil qui transforme instantanément l’atmosphère. Par le format vidéo David Claerbout propose une durée d’observation de l’œuvre : 18 minutes et 44 secondes. L’impatience du début se transforme en douce fascination. Le temps se dilate, les mouvements se répètent. Hypnotisé, l’esprit se détache, plongé dans des souvenirs lointains. La vidéo est muette, mais ce silence se peuple de sons imaginaires, du bruit des insectes, du bruissement des feuilles, du bourdonnement lointain d’une tronçonneuse, un aboiement, le cri d’un oiseau et un retour au calme. Le spectateur commence à faire corps avec le paysage qui devient palpable, jusqu’à sentir les rayons du soleil furtifs sur le visage et l’odeur de l’herbe.  Les formes se mettent à trembler, les feuilles rondes se soulèvent pour laisser apparaître leurs dessous blanchâtres. Et révèlent une œuvre résolument picturale : comme une accumulation de touches de peinture qui entrent en vibration par la lumière. En 1997, David Claerbout remporte avec Boom, le Prix de la jeune peinture belge, c’est la première œuvre vidéo du jeune peintre, ce passage entre les médiums constitue une clé de compréhension essentielle de son travail. Des pièces hybrides entre l’image fixe, la vidéo et l’image animée.  Boom pose les bases de sa réflexion sur la durée, l’attention, la perception et le mouvement. Aujourd’hui son œuvre est caractérisée par des animations digitales qui permettent de recréer la profondeur et le volume des éléments composant une photographie. Ainsi la caméra peut circuler dans l’image fixe et en capter les moindres détails. David Claerbout travaille dans son studio à Anvers entouré d’une équipe de tournage, d’animateurs 3D, de monteurs, de techniciens et d’acteurs, qui participent à la conception des images et à la post-production. Le virtuel lui permet de briser les frontières temporelles et perturber l’écoulement atomique du temps. La particularité de ses recherches est d’introduire une durée de visionnage dans l’image fixe, et ainsi intégrer la photographie au Time based Media (média temporels) au côté de l’art vidéo. Avec Boom il commence à s’intéresser à la décélération qui enrichit la perception, en examinant, sans ambition narrative, le mouvement et le temps des éléments naturels. Les œuvres de David Claerbout résistent à la vitesse et à la considération furtive que nous avons pour le flux continu d’images qui nous parviennent au quotidien. Elles nous permettent d’enrayer notre empressement et de nous soustraire à l’agitation du monde.

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